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 Le Loup en France

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GAÏA Nature
Mycorhize
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MessageSujet: Le Loup en France   Mer 3 Jan - 15:17

Voici un article paru dans la Gazette n°5, en Novembre 2006.


Promenons-nous dans les bois...




Qui n’a jamais fredonné cette chanson infantile ?!

De même, souvenez-vous de ces contes, et autres histoires, que l’on écoutait transis de peur et où le Loup symbolisait le mal absolu... Car c’est bien de « La Bête » dont il est question. Celle-là même qui, éradiquée de France dans les années 1930, a profondément marqué, et marque encore, l’imaginaire populaire. Eh oui, le « Grand méchant Loup », affublé de tous les vices est de retour en France. Et, à en croire certains, la légende rejoint presque la réalité ! L’image du Loup chez les Humains souffre-t-elle de l’immémoriale concurrence qui, depuis toujours, oppose ces deux prédateurs ?! Est-ce simplement son coté furtif et opportuniste qui provoque chez nous à la fois tant de rejet et de fascination ? En fait, la présence du Loup, sur un territoire naturel, est très difficile à détecter tant qu’il n’y a pas de prédation sur les troupeaux. Et très rares sont les observations visuelles.



L’animal est furtif !


Cependant, depuis quelques années, le recensement estival des populations se fait par la méthode du hurlement provoqué. Les meutes répondent aux Hommes qui en imitent les hurlements. En dehors de ces interactions avec l’être humain, les seuls indices qui permettent de relever sa présence, outre des empreintes dans la neige, sont des cadavres d’Ongulés sauvages (Chevreuils, Chamois, etc....) ou des excréments. L’analyse génétique de ces derniers, effectuée dans un laboratoire Grenoblois chargé du suivi des populations, permet de déterminer avec certitude les origines de tel ou tel individu. L’animal est doté de grandes facultés d’adaptation, à l’image de l’Homme, ce qui favorise son implantation dans de nouveaux milieux, très variés, allant de la périphérie des grandes agglomérations aux montagnes les plus hautes. Par exemple, un individu chassé de sa meute, à l’âge adulte, est capable de couvrir près de 250 Km en vingt-quatre heures. Ces dernières facultés lui autorisent une rapide et large propagation sur le territoire, avec une prédilection certaine pour les massifs montagneux où il peut tranquillement, et discrètement, mener son existence.



A l’affut de la moindre opportunité !


Ainsi, depuis sa réapparition officielle dans le Mercantour, en 1991, le Loup a connu une forte expansion en France. En à peine plus d’une décennie, l’animal a entièrement, et sans surprise, colonisé l’Arc Alpin malgré les activités humaines qui marquent ces montagnes. Aussi, de nombreux éléments laissent à penser que le Loup est présent dans les Pyrénées-Orientales depuis l’hiver 1996. Sa présence y est avérée depuis 1999, où des analyses génétiques effectuées sur des excréments ont pris de court les scientifiques en démontrant que l’individu était de lignée Italienne. C’est d’autant plus étonnant que les populations de Canis Lupus les plus proches se situent, en Espagne, au Sud du Pays Basque mais celles-ci n’ont pas encore migré vers le Massif Pyrénéen. Le Massif Central, quant à lui, constitue un couloir de migration idéal entre les Alpes et les Pyrénées. On y pensait depuis qu’un loup adulte avait été tué, suite à une collision avec une voiture, dans le Cantal, en 1997. L’idée s’était précisée en 1999, alors que, dans le Puy de Dôme, un agriculteur abattait un individu qu’il avait confondu avec un chien errant. En fait, la présence du prédateur y est officielle depuis le mois de Janvier 2006, puisque les analyses ont mis en évidence l’existence d’un couple dans la région de l’Aubrac.



Une allure fière !


Plus récemment, en 2004, le Loup s’est installé dans l’Arc Jurassien, d’où il avait été éradiqué en 1890. De nombreuses traces laissent à penser que plusieurs individus, génétiquement reliés aux populations Italiennes, y ont établit leur habitat. Ces derniers auraient traversé la Suisse, via les Alpes Bernoises où des observations sont régulièrement signalées, malgré la chasse dont l’espèce y est victime. Vues ces informations, l’hypothèse d’un retour du Loup dans les Vosges, par le Sud du massif, paraît envisageable, voire inévitable. L’essentiel de l’incertitude, dans ce domaine, réside dans les délais que ce processus de recolonisation nécessitera : Un an, cinq ans, dix ans ?! Peut être est-t-il déjà là ?! Les acteurs du territoire, agriculteurs, chasseurs, naturalistes, s’y préparent déjà. En tout cas, il ne demandera l’avis de personne et l’animal devrait y trouver des conditions naturelles largement favorables à son installation. En fait, un doute réside dans la fréquentation touristique du Massif Vosgien qui pourrait perturber les populations comme c’est déjà le cas avec le Lynx.

Cela nous amène à aborder le thème, très controversé, des problèmes de cohabitation avec le Loup. S’il est établit, de longue date, et par l’ensemble des spécialistes, que l’espèce est inoffensive pour l’Homme, il n’en demeure pas moins que les idées reçues ont la vie dure...Comme l’attestent les innombrables contes pour enfants auxquels il était fait allusion au début de cet article ! Malgré cela, l’opinion publique semble largement favorable au retour d’un grand prédateur dans nos campagnes, certains allant jusqu’à envisager un tourisme autour de l’observation des meutes. L’opposition la plus forte est rattachée à l’activité pastorale qui s’était affranchie, depuis près d’un siècle, des contraintes liées à la présence de tels prédateurs. On peut comprendre que la disparition du Loup fut un gain de confort indéniable pour les bergers. Il y avait moins de surveillance à exercer sur les troupeaux, il n’y avait plus besoin de regrouper les bêtes la nuit, on pouvait agrandir les cheptels sans avoir recours à un grand nombre de chiens de défense.

Mais au-delà de cela, il convient d’analyser la situation de crise que connaît la profession depuis une vingtaine d’années.

En effet, depuis la baisse des coûts du transport international à la fin des années soixante, la profession doit faire face à une concurrence féroce des pays d’Océanie (Australie et Nouvelle-Zélande), entre autres, qui sont les plus gros producteurs mondiaux d’ovins. La taille démesurée des exploitations et les réglementations de l’élevage dans ces contrées leur permet une production à bien moindre coût qu’en Europe. Le pastoralisme n’échappe donc pas aux affres de la mondialisation. A cela, il convient d’ajouter, chez nous, des problèmes liés à des maladies telles que la fièvre aphteuse, brucellose ovine (transmissible à l’Homme), ou la tremblante du mouton, qui ont mis à mal nombre de troupeaux et aiguisé la méfiance des consommateurs. En fait, selon les chiffres de l’AFSSA (Agence Française de Sécurité Sanitaire des Aliments) et de l’INRA (Institut National de la Recherche Agronomique), jusqu’à 10% du cheptel ovin adulte meure accidentellement chaque année !

Paradoxalement, cette crise n’est réellement prise en compte par les pouvoirs publics que depuis les manifestations liées au retour des Loups.

En même temps, il est certain qu’en présence de l’animal, on ne peut prétendre à un taux de prédation équivalent à zéro. En l’occurrence, 90% des attaques enregistrées se font alors qu’il n’y a aucune présence aux abords des troupeaux et une très grande disparité existe quant au nombre d’attaques. Moins de 2% des unités pastorales en zone à Loups regroupent plus de 25% des attaques, et environ 0,2% du cheptel français est victime du prédateur. Cependant, outre les indemnités versées aux éleveurs à la suite des cas avérés (84€/agneau ; 489€/ Bélier ; et pour le stress 0,70€/brebis du troupeau), des dispositifs de protection, dont la mise en place est subventionnée, existent. Ceux-ci, regroupement nocturne des troupeaux, surveillance accrue avec des aides-bergers, présence de Chiens Patou des Pyrénées, etc. ...) sont déjà mis en place avec un certain succès chez nos voisins Européens, comme l’atteste le tableau suivant :


Des chiffres éloquants !!!
On constate que la France connaît beaucoup plus d’attaques que ses voisins, faute à un oubli des traditions pastorales de protection des troupeaux en raison de la disparition complète de tout prédateur. Il est, aussi, peu probable que les Loups français soient plus féroces que leurs congénères Européens.


On constate que la France connaît beaucoup plus d’attaques que ses voisins, faute à un oubli des traditions pastorales de protection des troupeaux en raison de la disparition complète de tout prédateur. Il est, aussi, peu probable que les Loups français soient plus féroces que leurs congénères Européens.De ce fait, la coexistence entre le pastoralisme et les meutes de canidés, en France, ne se passe pas sans heurts. Mais les chiffres relatifs aux attaques de Loups, 3680 en France en 2005, sont à mettre en relation avec ceux des attaques de chiens errants estimées par la revue « Le Chasseur Français » entre 15 et 20 000 par an. En réalité, plutôt que de chiens abandonnés, il s’agit d’animaux qui échappent à la vigilance de leur maître.

Résultat, on assiste de plus en plus régulièrement à des empoisonnements volontaires, et en aucun sélectifs, ou à des tirs non-autorisés. Par exemple, il y a quelques mois, un chasseur pris en flagrant délit, après avoir tué un Loup, a été acquitté. Pire encore, le gouvernement Français vient de promulguer un protocole, le 1° Juin 2006, qui autorise l’abattage de 6 loups sur le territoire (soit 10% de la population totale estimée) et privilégie la régulation de l’espèce. Dans ce contexte, aucune obligation n’est faite aux éleveurs de mettre en place une quelconque protection des troupeaux et les tirs sont permis dès la première attaque. C’est ainsi, que le 7 Septembre dernier, en Isère, 2 Loups furent abattus sur demande du Préfet suite à 6 attaques perpétrées sur un troupeau de 3500 brebis gardé par seulement 2 chiens de protection !!! Ce jour là, un seul animal devait être tué, mais le chasseur, auteur du deuxième tir, prétend ne pas avoir entendu le signal du premier abattage. Autant dire, que l’on vise une stabilisation des effectifs puisque la croissance des populations de Canis Lupus avoisine les 10% par an. Selon ces derniers éléments, on pourra s’estimer satisfaits si le quota de 6 Loups par an est respecté.

Finalement, l’exemple de nos voisins Européen nous montre que la coexistence entre ce prédateur et l’Homme est largement possible, même si la prédation reste inévitable. Celle-ci est même indispensable tant elle relève d’une relation respectueuse de nos activités avec les milieux naturels. Aussi, avant tout prélèvement, il convient de prendre toutes les dispositions possibles quant à la prévention des attaques afin que le prédateur puisse bénéficier d’une expansion spatiale optimale. Cependant, vue la démographie galopante des meutes, il faudra peut être s’astreindre, un jour, à une régulation de ces populations de canidés.

Le Loup, cet animal emblématique, renvoie l’Homme à ses craintes les plus profondes, mais également à son coté sauvage le plus occulté mais pourtant présent en chacun de nous. C’est en cela que sa préservation est indispensable car son destin pourrait bien refléter celui de l’espèce humaine avec lequel il vit depuis les temps préhistoriques. D’ailleurs, ne dit-on pas que l’Homme est un Loup pour l’Homme ...

L.T.
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MessageSujet: Re: Le Loup en France   Ven 5 Jan - 19:34

Super dossier, merci!

Le retour du Loup dans les Vosges, un rêve pour tout défenseur de la nature et un tant soit peu réaliste. Le Loup a sa place dans ce massif, et mettra sans doute un terme à nombre de déséquilibre que connait notre massif comme les populations surabondantes de Chevreuils ou de sangliers. Les agriculteurs n'auront plus cette excuse.

Bien sur, les agriculteurs devront s'adapter (c'est à nous de le faire, pas au Loup) et je ne serait pas contre une baisse de la fréquentation de certaines zones des Vosges tellement fragiles.
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Lolox
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MessageSujet: Re: Le Loup en France   Sam 6 Jan - 13:49

Merci Chris, c'est un article issu de notre périodique (publié presque chaque trimestre Cool sunny smile ), dont je suis l'auteur Blush . Alors ça me fait bien plaisir que tu en apprécie le contenu, fruit de nombreuses recherches sur le sujet dancing .

En fait, la cohabitation entre les Loups et les agriculteurs devrait poser moins de problèmes que dans les autres massifs où il est déjà présent.
En effet, dans les Vosges, les élevages de brebies, ou de chèvres, sont assez rares alors qu'ils constituent les principales cibles des attaques de troupeaux. Les cas d'attaques de bovins sont très rares (autour de 300/an si ma mémoire est bonne) étant donné les efforts nécessaires à une meute pour abattre un bovidé. Comme tout opportuniste, le Loup, préfère s'attaquer à des proies faciles, quitte à faire une petite course après un animal sauvage de moindre taille.

C'est pour cela, que la présence du prédateur pourrait être très difficile à relever, puisque c'est par des attaques de troupeaux qu'on le repère le plus facilement.
Le plus inquiétant, c'est comme je le disait dans l'article, la sur-fréquentation touristique de certaines zones du massif, mais je pense qu'il existe tout de même quelques endroits plus abrités où une meute pourrait s'installer sans être trop dérangée Au poil .
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MessageSujet: Re: Le Loup en France   Jeu 11 Jan - 22:26

Tiens, pour l'anecdote, votre article m'a ensuite donné envie de faire quelques recherches sur les animaux disparus des Vosges. Et bien, il y a encore 300 ans, les Vosges étaient un vrai petit Canada, avec des ours, des élans, des saumons ect... Le dernier ours aurait été abattu vers 1755.
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MessageSujet: Re: Le Loup en France   Sam 27 Jan - 14:45

Effectivement Chris, les Vosges, du moins ce que l'on appelle les "Hautes Vosges", ainsi que certains coins des Vosges du Nord, sont longtemps restés vierges d'empreinte humaine.

Par exemple, la colonisation des Hautes Vosges par des populations humaines ne s'est vraiment effectuées que vers le 17°S., jusque là, il s'agissait de fôrets épaisses et quasi-impénétrables.

De même , les abords de cette zone étaient très peu peuplés jusqu'au 16°S, époque à laquelle des populations d'anabaptistes, et autres protestants, chassés par certains princes d'Europe centrale sont venus s'y réfugier. De là, l'industrialisation des vallées a débuté avec l'installation de scieries, moulins hydrauliques, verreries, etc... .

Pendant ce temps, les hautes Vosges ont surtout servis de zone de passage pour les colporteurs qui reliaient les vallées à l'Alsace lors de la belle saison. L'installation des premières fermes, et du défrichement qui les accompagnent, a suivi ce mouvement de colonisation.
Mais, il faut savoir que la plupart des fermes d'altitude remontent au début du 19°S, et très vite (sous le Second Empire) le tourisme est devenu l'un des moteurs des activités sur les crêtes avec l'ouverture des Fermes-Auberges.

Quant au dernier Loup Vosgien, il aurait été abattu en 1922, si ma mémoire est bonne. Je pourrai te le dire avec plus d'exactitude suite à la visite du Muséum d'Histoire Naturelle de Nancy, où celui-ci est exposé scratch .
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MessageSujet: Re: Le Loup en France   Mar 18 Sep - 15:01

Dans la continuité de ce sujet, des associations se mobilisent pour permettre une meilleure cohabitation entre ce prédateur et les activités pastorales.

Ainsi, l'association "A pas de Loup" propose des démarches pédagogiques ainsi que du soutien aux éleveurs par le biais du volontariat.

Partant du principe qu'il n'y que peu d'attques à déplorer sur les troupeaux gardé, l'association proposse de devenir berger écovolontaire.

Voici un moyen d'accomplir des action concrêtes et possibles dans de
nombreux autres domaines que celui de la simple préservation des Loups en France.
Vous trouverez sur les site de cette association (boursière 2007 de la FNH) de nombreuses façon d'agir de manière utile et directe.

Un exemple à suivre closed eyes !
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